Fontaine de la Rotonde,
Aix-en-Provence, [après 1903]
cote PHO. CPA. AIX. 30

La fête des nouvelles recrues au 61e régiment d'infanterie. Aix, le 7 février, 1914 : [album] / Henry Ely


Auteur
Ely, Henry (1861-1921) > Photographe
Date
1914
Période
20e siècle
Lieu de publication
Aix-en-Provence
Editeur
Henry Ely, photographe
Description matérielle
1 album de 24 cartes postales : noir et blanc ; 15 x 24,5 cm

Contenu
Contient :
1-2 : La musique du 61me saluant les autorités civiles et militaires
3-4 : Sous la pluie, M. le colonel Sérant recevant ses invités
5-9 : Les invités assistant à la représentation théâtrale
10-14 : Les divertissemets [sic]. Représentation théâtrale
15 : M. Philippe, un désopilant comique aixois, chantant la « Danse des épaulettes »
16-18 : Les divertissements. Le jeu de la marmite
19-21 : Les gymnastes dans leurs exercices
22 : Les divertissements. Concours d'escrime
23 : Les divertissements. Les jeux de la ficelle et mat de cocagne
24 : Vue d'ensemble de la fête

Notice de l'album rédigée par Georges Rinaudo, son possesseur, septembre 2015 :


Le 7 février 1914, à la caserne Forbin, a lieu la Fête des nouvelles recrues au 61e régiment d’infanterie basé à Aix-en-Provence. Cet événement semble important et faire partie du calendrier des festivités de la ville.
Le colonel Sérant, commandant de la caserne, accueille sous la pluie les édiles locaux. Il salue les autorités civiles et militaires par la musique du régiment. Le maire de l’époque est vraisemblablement présent. Une estrade de bois a été montée. Les invités sont conviés à assister à une représentation dite théâtrale composée de plusieurs saynètes humoristiques. Accompagné au piano, un « désopilant comique aixois » répondant au nom de M. Philippe chante sur scène la « Danse des épaulettes », couplets d’humour troupier en vogue à l’époque.
La fête se poursuit par des divertissements exécutés avec un plaisir visible par les nouvelles recrues, comme le jeu de la marmite, le jeu de la ficelle, le mât de cocagne, un concours d’escrime et des exercices de gymnastique. Ces attractions à la fois sportives et ludiques se déroulent sur le terrain d’exercice de la caserne, dont on aperçoit en fond la célèbre porte, toujours en place aujourd’hui cours Gambetta.

Le photographe Henry Ely (1861-1921), fondateur du célèbre studio aixois en 1888, est venu pour l’événement. Il s’est lancé dans le reportage et se déplace en ville, ou à l’extérieur, comme il l’a fait avec sa charrette à Rognes en 1909 en allant photographier les secours lors du tremblement de terre. Il destine ses photographies à la presse ou à la vente directe en les éditant dans le format carte postale, au tarif modique de 20 centimes l’unité.
L’album est constitué de vingt-quatre images, une par page, numérotées et organisées pour rapporter le déroulement de la fête. Le parterre d’invités est très représenté. Il y a une volonté de n’oublier personne. Certaines photographies des artistes sur la scène sont d’une piètre qualité due certainement à la distance imposée au photographe. Pour pallier cet inconvénient et donner plus de visibilité au comique troupier, Henry Ely a eu recours, à la page quinze, à un procédé original : l’incrustation par collage de son portrait en médaillon dans la partie gauche de la photographie.

Cet ouvrage est une rareté. C’est une sorte de catalogue recensant les vingt-quatre photographies de l’événement que Henry Ely met en vente à son studio du passage Agard. Il a constitué de manière artisanale un très petit nombre d’albums (peut-être un seul exemplaire) pour les placer à des endroits stratégiques de la ville (peut-être à la caserne Forbin), de manière à être consultés par des clients potentiels. C’est précisément l’aspect exhaustif qui fait son intérêt car se trouve sauvegardé dans un même recueil le reportage complet de cet événement aixois totalement oublié.
Outil commercial à usage temporaire et usé par de nombreuses manipulations, son arrivée jusqu’à nous relève du mystère et du miracle. Un particulier l’a conservé chez lui, par intérêt ou par négligence.
Cet album représente une bribe de la mémoire de la ville d’Aix-en-Provence.
Sur ces images vieilles d’un siècle, un monde révolu s’agite. Des jeunes hommes en uniformes jouent aux soldats et rient sagement comme sur une photographie de classe. Ils ont l’âge de nos fils, et pourraient être nos grands-pères. L’un a quitté sa terre des basses montagnes car elle donnait peu. Il ne souhaitait pas devenir une bouche supplémentaire pour sa famille pauvre. Il a laissé son amoureuse sur des promesses de retour. L’autre voulait s’engager pour voir du pays et échapper à un destin trop prévisible. Sa mère l’a accompagné jusqu’à la gare ferroviaire. Certains rêvaient des charges héroïques glorifiées par les gravures du Petit Journal ou de L’Illustration, et d’autres ont été appelés pour accomplir leurs obligations militaires.
Ils sont venus dans l’Armée de Terre, animés de désirs différents. Le cataclysme approche et ils n’en savent rien. Dans six mois, ils seront engloutis par la guerre. L’horreur et l’effroi les guettent à la porte de la caserne. Et le déshonneur aussi.
Le 61e régiment d’infanterie appartient au 15e corps d’armée, très tôt engagé dans les combats de la Grande Guerre. Ce corps d’armée participe à la bataille de Lorraine de 1914. Les 19 et 20 août, au cours d’une opération à la stratégie aventureuse, il subit de très lourdes pertes et se replie. Le commandement des opérations n’assumant pas la responsabilité de cette défaite, s’en décharge en accusant une division du 15e corps d’avoir plié devant l’ennemi par lâcheté . Les soldats provençaux sont publiquement diffamés dans le journal Le Matin.
Cet épisode tragique de la Grande Guerre est raconté par l’historien Jean-Yves Le Naour dans l’album « La faute au Midi » illustré par le dessinateur A. Dan.
Nous qui connaissons le cours de l’Histoire, la fin de l’histoire, contemplons l’insouciance de ces jeunes soldats un malaise au cœur. Et les vers de Louis Aragon résonnent dans le lointain, ressacs de la mémoire, échos de ces temps :

Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’effacent
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri
Sujet
Casernes – France – Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) – 20e siècle
Militaires – France – Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) – 20e siècle
Fêtes – France – Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) – 20e siècle
Scènes – 20e siècle
Guerre mondiale (1914-1918)
Lieu du sujet
Aix-en-Provence

Classement
Documents iconographiques > Cartes postales

Site de conservation
Collection privée
Cote
PHO. CPA. RIN
Note de provenance
Coll. G. Rinaudo
Note de l'exemplaire
Mentions manuscrites
Date de numérisation
2015
Note sur la numérisation
Numérisé par Patrick Houdot

Permalien
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